lundi 16 septembre 2019

Poésie : réel absolu

Je ne suis pas un poète numérique.
Mais il y en a.
Ou plutôt certains sont appelés ainsi.
Ou se nomment pour la commodité des réseaux.
Je ne sais pas du coup si je suis un poète.
Ou une. Allez savoir qui parle.
Sans esse ou avec, s'il vit encore.
Ni numérique ni digitale ni virtuelle.
Une plurielle. Voire pluriannuelle. 
Réelle encore un peu. Plus pour longtemps.
Poésie: réel absolu, disait  Apollinaire.
Vrac de mots contre vrac de fleurs :
rafales de coquelicots fanés brouilleurs de pistes
et bouilleurs de cru et de cuit
en même temps?


Je ne sais pas où se cachent les mots. Ce n'est pas moi qui l'invente.
Ça, je le trouve en lisant le pluriel du monde.

Quant à mon ignorance de poète, je la retrouve partout et ici justement:
Qui sait encore ce qu'est un élytre, et comment comptent les tarses et les ocelles ?

Moi qui écris au féminin élytre et tilde.
Je ne sais pas pourquoi.
Ignorance totale?


Citations extraites du Détail du monde de Romain Bertrand.

jeudi 12 septembre 2019

Notule gagaouze aux Angles

Au moins une heure à attendre.
Alors manger et lire.
Dans un endroit pas trop éloigné du centre, mais suffisamment pour s'affranchir du lieu.
Le nom : Les Angles, permet sans peine de s'échapper, de trouver le coin du tableau où le regard s'égare aisément.
Manger, un peu, lire, beaucoup.
Mêler les deux activités.


S'intéresser aux Gagaouzes et à leur histoire. Le nom de leur capitale dans une région autonome de Roumanie, s'en souvenir. Essayer de comprendre ces lignes d'errance tandis que je mange (mal) dans un petit restaurant asiatique où tout évoque un ailleurs épuisé. Le rouge des lanternes a fané, les tableaux incrustés de nacre ont pris toute la poussière de l'été finissant.
Au dehors un ciel bleu vif d'après la pluie.
Sauf qu'il n'a pas plu la veille.
Des gens seuls passent et repartent avec un sac en plastique dans lequel il y a un repas oriental au goût européen. La décoration tombe en miettes (un peu). Le patron est fatigué.
Moi, pas encore.
Des noms comme Moldavie, Bessarabie, Comrat, traînent dans mon assiette, entre des lambeaux de porc et de légumes.
Pourtant je suis joyeuse et mange de bon appétit mes deux nems, un peu de menthe triste les accompagne et je croque aussi le brin de salade qui va avec.
Depuis l'enfance, manger.
Et lire.
Le reste: vivre avec les visages des gens, leur fatigue, leur colère ou simplement leur présence fugitive.
Rien de tel qu'un lieu comme celui où je me trouve.
Un atelier partagé, en quelque sorte.
Qui me semble tout à coup plus réel que d'autres.
Je ne sais pas pourquoi.


mardi 3 septembre 2019

Non avere paura. N'aie pas peur!


Trois animaux, tous morts avec l’été. Deux chiens, un chat. D’autres ailleurs sont morts, et la chasse a déjà commencé, mais là, dans les maisons d’amis ou la nôtre, trois. Plus un jeune sanglier apprivoisé tué par un vieux chasseur ignorant les liens d’amitié qui peuvent exister entre les humains et les animaux dits sauvages. Certains sourient, moqueurs. Disant : vous n’êtes pas végétarien, que je sache. C’est vrai. Entre deux contradictions, laquelle choisir ? Nous vivons tous ici, de cette manière bizarre, que les pauvres du monde regardent avec stupeur. 600 morts depuis le début de l'année en Méditerranée. 
 
Je ne sais pas écrire autre chose que ça.
Autopompe.SD

À la question, qu’est-ce que la liberté on peut répondre : non avere paura. Ne pas avoir peur.
Pourtant je redoute la mort, celle des proches et des lointains, la mienne, aussi. J’attends de ressentir si fort cette satiété heureuse qui permet de partir. Non pas la lassitude mais la joie d’avoir existé. Lecture d’Alexandra David-Néel vivifiante à souhait. La visite à Digne aura été fructueuse. 

Sur cette fin d’été, quelques mots et images au retour de petits voyages : la chèvre en bord de route, solitaire et indifférente, joyeusement libre, prête à détaler dans la colline, petite chienne en fin de vie morte, papillons pullulant la mort au-dessus des buis et jonchant les places de Digne, collection de terres d’herman de vries, chat amical mourant doucement, animaux et aussi humains comme Eléna qui nous a accueillies simplement chez elle, et d’autres encore. Humains et bêtes. Amie se demandant comment réinventer sa maison pour vivre sans son amour. Troupeau en cascade de clarines et Élisée Reclus, dont le tire Histoire d’un ruisseau m’a encouragée à le lire. Sans oublier l’ami F.F., sa compagne poète et Alexandra David-Néel.
Bilan ? Non, répondre à l’injonction du Petit. 
Écrire pour se souvenir.

 3 septembre

samedi 31 août 2019

Quartier Berthe à La Seyne sur mer/morts en tous genres/Alexandra David-Néel

dessin SD


Tentative de portrait. Tentative de vie. Je traverse le quartier Berthe à la Seyne sur mer: j'entends le chant de la sirène, incongru et sonore comme la mer à La Marsa. Je vois la beauté de ces immeubles à l'abandon qui me parlent de mon orient natal à Marseille. Je chante en sourdine le poème de la mer. Mais je ne m'appelle pas Mahmoud Darwich. Mes infirmités sont plus grandes que mes pouvoirs. Le poète arabe ne m'accompagne pas.

Autobiographies de la faim, éditions Rhubarbe

 Lectures mêlées, informations vraies et fausses, morts d'hommes et de chats, marche dans l'Hymalaya autour de Digne. Invention des hydropithèques, sirènes de Joan Cupberta. De quoi rapporter des lambeaux, écorces, oiseaux et même chèvre gambadante sur la route qui mène à Sault. Papillons tueurs de buis se posant sur nos coeurs et nos cheveux. Nom d'une femme-poète retrouvé dans un polar-poème écrit par M.C. Images de toute sorte dont celle d'une lumière au fond d'un trou dans une rivière. Mots gravés par herman de vries sur les pierres, son nom écrit en minuscules à sa demande toujours, en latin, en grec, en sanscrit. Et ces mots. Pour reposer le chagrin. Sans l'endormir.

dimanche 25 août 2019

Memento de la faim


Il y a une sorte d’obscénité à écrire au milieu de tous. Afficher une pratique solitaire au vu et au su de toute la maison, écrire précisément dans la pièce que traversent visiteurs et amis, parents et voisins ? Dans quel but se montrer en train d’écrire ? C’est bien moi qui ai choisi d’installer la table dans le salon, moi et personne d’autre.
Du coup je n’écris que de courts messages ou de vraies lettres. Mon bureau est au centre et personne ne peut éviter de le voir, ni l’ordinateur ouvert, ni les feuillets, les livres et autres objets d’écriture. Ni de me voir assise là, en face de la fenêtre, plus ou moins désoeuvrée. 
collage SD

Telle le vers luisant dont la femelle brille pour séduire les mâles, qui est-ce que j’essaie d’attirer dans la toile des mots en me livrant ainsi ?
Il existe des associations de défense et protection des lucioles et vers luisants et même une nuit à eux consacrée. Mais ni lucioles ni vers luisants sont obscènes. De même dévorer les larves d’autres espèces ne les rend pas cruels pour autant. Ils survivent, malgré les pesticides, poisons pour limaces et lampes solaires. Difficilement. Mais ils sont encore là.
Un écrivain est plus fragile. Voir ce qui arrive à Yann Moix. Va-t-il en mourir ? Ou au contraire se redresser de plus belle ? Comme une sorte de scorpion.
D’où tout ce temps passé en cuisine où là tout le monde trouve sa place Surtout les mères. Au moins, ma présence y est attendue. Tout le monde sait que j’aime cuisiner. Nourrir plutôt. Ce qui touche à la faim me requiert depuis l’enfance. Associée à la lecture. Dévorer, être dévorée.
Anniversaire de ma mère aujourd’hui. On aurait fêté ses 103 ans. Sainte Rose de Lima, hier. Aujourd’hui, on fête les Louis. Memento de la fin.
Tout est bon pour différer l’écriture. Même écrire pour le dire.
24 août

vendredi 23 août 2019

Livres refermés, brûlés, troués, un rébus.

La forêt brûle.
Un livre est publié.
La forêt brûle là-bas.
Lointaine et énorme.
Un plus un plus un etc.
La maison habite dans des livres.
Le moulin a brûlé qui abrite nos livres.
Autrefois.
La maison a des murs de livres.
Briques-livres, pierres de papier.
La forêt brûle.
Il y a un verre d'eau sur la table.
Un seul livre pour un lecteur.
Puis des milliers de livres.
Des milliers de murs.
Ouverts aux mots, troués.
Par où passe le vent.
Qui apporte la fumée.
La forêt brûle.
L'eau attise le feu.
Lire est un feu.
Une eau.
Arbres mains ouvertes.
Livres refermés.
Troués.

lundi 19 août 2019

Cuire deux pains, planter une rhubarbe



Quand le livre est arrivé, j’ai cuit deux pains. J’avais planté une rhubarbe quand la maison d’édition m’avait écrit pour accepter le manuscrit des Autobiographies de la faim. Mon ami Denis Hirson a souvent insisté sur la nécessaire ritualisation des gestes de notre existence. Alors cuire deux pains en hommage à la faim et une plante pour honorer un nom.

La huppe sur la route, le guêpier envolé au-dessus de l’auto, autant d’accompagnements, tels les livres sur la table qu’on déplace de temps en temps, ouverts et refermés, montés à l’étage, redescendus, déposés près de soi, à côté de l’ordinateur-ordonnateur des matins. Animal lové contre soi, enfui au jardin, mort sur la route. Animaux de toute espèce. Sangliers tueurs tués. Loir coupé en deux par le chat. Poule noire légère, si légère qu’elle en est morte. Insectes que je n’attrape pas pour les ficher avec une épingle dans un carnet d’entomologiste, tel que le raconte Romain Bertrand des amateurs du XIX° siècle qui recherchaient la meilleure manière de tuer sans abîmer le bel insecte qu’ils avaient attrapé.

Je retrouve ce matin une ébauche d’herbier commencé cet été. La mort des fleurs, lavandes, parachute d’érable, vraiment ?
19 août