dimanche 14 mai 2017

La mer, poème monosyllabique.





Et se demander en écoutant son traducteur, pourquoi la langue de Keats permet d'écrire un poème monosyllabique et pas la langue du sans patrie.
Et se demander aussi comment avoir oublié et pourquoi, dans ce poème de Baudelaire (que tu connais presque par cœur à cause de Léo Ferré) qu’il y avait le sans patrie.
Et aussi pourquoi tu te souviens de ce poème, toi qui as eu tant de mal à retenir par cœur des poèmes. Et tu sais combien certains refusent que la poésie ait besoin de musique. Mais tu ne sais pas pourquoi tu as besoin de chanter ce poème de Baudelaire pour te prouver que tu le sais par cœur.
Et se demander encore pourquoi la tête fait si mal parfois. Et le cœur. Mot monosyllabique.
Et se demander si on est capable d’infléchir suffisamment la langue pour écrire un poème monosyllabique en français, langue du sans patrie.

Huppe à l’aile bleue/
vole telle brume/
telle flèche noire/
troue mon cœur/
part et donne
mort et vie/
à celle qui te voit/
là sur le toit/
près de la mer


Et aussi se demander comment et pourquoi j’ignore les règles de la versification anglaise, de la même manière que je n’ai pas su apprendre à reconnaître les hexamètres et autres pentamètres iambiques comme si mes oreilles et ma voix s’y refusaient, à cet apprentissage exact et toujours, comme la huppe, allaient en tous sens, comme le vol du papillon.

Et me demander enfin pourquoi je retiens en moi si peu de ce que j’entends, sauf cette guirlande de fleurs et la beauté qui l’accompagne pour dire la vérité du poème. Ecoutant l’ami poète, je cherche en moi les poèmes aimés, invisibles, inaudibles et ne trouve que des bribes et des tessons sur le rivage.
Ma bouche muette regarde mes pieds nus et sourit.
Sans se poser de questions.
La mer suffit.
La mer : poème monosyllabique.








3 commentaires:

  1. j'aime cette image tu tesson sur le rivage, comme ce qu'on ne retient d'un poème ! le rêve de l'objet brisé, celui du poème aussi !

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    1. Je me sens si souvent proche de tout ce qui est en morceaux, brisés, jetés, et au bord de la mer, ces tessons sont à la fois mélancoliques et joyeux.Le fait de les ramasser donne de la joie. J'en ai récolté en Tunisie avec une petite fille et nous avons pris beaucoup de plaisir!

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    2. Comme si nous nous sauvions avec eux du naufrage, peut-être, qui nous attend...

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