lundi 23 janvier 2023
mardi 3 mai 2022
Exposition Sylvie Durbec au Pôle Chabran du 23 avril au 9 juillet Draguignan, autour de l'oeuvre d'Albert Camus
Le corps, jouissant, souffrant, malade à travers l'oeuvre d'Albert Camus
série de dessins
exposés au Pôle Chabran dans le cadre d'une exposition collective
lundi 11 avril 2022
Suisse-fougère
Carré suisse
Ensuite une fougère celle toujours attendue inespérée parfois disparaissant puis renaissante sur la souche de bois quasi pourrie faisant fi de toutes les prévisions tueuses d’espoir fougère renaissante dont les spores délicats tracent la route de mémoire au sein de l’oubli qui bientôt recouvrira jusqu’à nos visages de cendres ensuite sortant de la brasserie devant l’immeuble gris un camion livre des plantes vertes pour simuler la nature en plein coeur de genève nous rions devant tellement de plantes diverses et surtout de fougères exubérantes d’un vert brillant comme si ces vraies plantes empruntaient à celles de plastique leur brillance inaltérable deux hommes les descendent du camion pour les porter sur la terrasse de la brasserie poussée par un désir vif de serrer dans mes bras cette profusion de hampes je demande en riant si elles sont à donner un des deux se retourne et me demande vous en voulez une je bégaie un je ne sais quoi dire et il questionne à nouveau vous la voulez et me tend une fougère superbe qu’il met dans mes bras tel un enfant sauvage rendu à sa mère mes amies rient annoncent que c’est ma fête on applaudit sauf moi les bras remplis de la vie nouvelle qui vient de m’être offerte walser aurait écrit la-dessus une petite prose amusante et ironique en deux gambades et moi empotée comme la fougère je pleure nous nous serrons l’une contre l’autre jusqu’au parking ne pas la lâcher la glisser doucement dans la voiture emporter la fougère tel un trésor inestimable que seule la suisse pouvait offrir et aller sur l’île saint pierre pour la présenter secrètement à rousseau et s’entretenir de botanique en rêvant de la paix qui jamais ne viendra pas même ici mais dans la longue promenade parfois un peu de répit dans l’alternance de la marche et des interruptions en compagnie des amis dont les noms sont poèmes à transcrire entre les côtés parfaits de ce carré
jeudi 17 février 2022
Carré 52
Carré 52
Commencer par recommencer chaque jour un carré là où tant d’autres engloutissent du chocolat pour oublier leur condition leurs cendres volèteront comme les mots qu’on n’a de cesse de répéter en guise d’incantations pleines d’aigreur mais la mort s’en fout le ressassement ad nauseam de ce qui aurait dû être à la place de ce qui a été commis n’a jamais ouvert la bouche des morts seule peut-être la petite promeneuse en rouge descendant la colline avec une sorte de joie enfantine ou l’amandier un peu surpris de sa floraison rose les deux se rejoignant sans se presser pour retrouver entre l’église et la lavoir un troisième personnage féminin vêtu d’un haut rouge volanté à la taille et d’un pantalon blanc cette dernière soulevant chemise et pull pour dénuder un court instant son ventre clair sans forfanterie juste comme ça pour dire je me suis habillée à la va que je te pousse riant de son âge rêvant du printemps qui revient je me suis arrêtée à sa hauteur j’avais garé mon auto plus haut dans un virage pour regarder à loisir la fille en rouge et l’amandier les prendre en photo ce rouge sur les herbes vertes de la colline la pluie d’hier a ravivé les couleurs un ménage nécessaire pour inaugurer ce qui arrive avec le mois de mars la voisine sur la place m’a confié attendre avril fin du passeport obligatoire elle la passeuse de frontière venue en douce dans le ventre de sa mère le tracé des lignes sur le sol sait-on ce qu’il signifie a demandé un vieux de retour d’algérie les boucles d’oreille j’en ai perdu une il faut appeler saint antoine et tu la retrouveras du marseille maternel au portugal de lobo antunes dans cette situation amé appelle un de ses oncles mort depuis presque cent ans le saint laïc des retrouvailles on a évoqué devant elle petite fille le loustic buveur chasseur coureur qui n’avait qu’un talent celui d’aider les autres à retrouver ce qui était perdu tandis que le cochon mange le souvenir de mon frère et le don continue après sa mort dans le carré
jeudi 3 février 2022
Carré en vrac
Carré en vrac
C’est le vrac qui l’emporte tu apportes un sac de tissu tu le remplis puis le pèses et hop tu as économisé du plastique du papier en bref tu as acheté en vrac ce que tu achètes d’ordinaire emballé l’écriture est-ce la même chose avec un carré tu remplis sans peser mais tu fourres tout en vrac l’origine des langues et des peuples avec le lombric du compost retrouvé dans un livre mais aussi le cheval blanc et le cheval noir encore échappés ce matin la poste du village voisin est ouverte je vais envoyer de vraies lettres et c’est aussi signe que ça revient l’encre qui tache un peu les doigts quelqu’un en rouge descend le talus avec un chien noir tout passe très vite dans le paysage le vent n’agite pas les pins comme les chênes le pin bouge latéralement les chênes défeuillés bougent maladroitement notre rosier aussi la cloche est à peine audible à cause de la tempête une invisible s’est décidée à venir entrouvrir la porte de l’église cheveux blancs dans le matin on dirait l’émissaire de l’hiver qui se glisse à l’intérieur et dans peu de temps ressortira dans le soleil tiède le vent a fini par caler déracinant ailleurs un mimosa mais pas le moindre dégât ici mon aujourd’hui fourmille du désir de courir à grandes enjambées respirer ce qui se prépare la femme aux cheveux blancs repousse la poussière entrée avec le vent sur le parvis où les ombres traversent les pierres les autres personnes qui ont charge d’ouvrir l’église ne se donnent pas tant de peine la chaise en plastique n’a pas quitté sa place sous le cèdre la vigneronne a repris du poil de la bête et parle fort comme aux vendanges les oiseaux dit la postière en prenant mon courrier sont revenus l’impatience du printemps ajoute-t-elle en me demandant si je veux choisir un carnet de timbres en riant je choisis les fleurs on en a besoin dis-je quelles sont-elles pensées primevères pétunias marguerites violettes gentianes fleuriront donc mon carré
lundi 29 novembre 2021
carré mâche-laurier
Carré mâche-laurier
Pour recommencer temps lent qui se mâchonne dans la bouche mâche-laurier une brume couvre et recouvre rien ne se voit l’œil droit travaille comme il peut on cherche de quoi traverser le brouillard et ce qui s’ensuit un début de brouille et on repart vers la cheminée là où les hommes parlent puis se taisent on n’en sait rien de cette solitude-là ouvriers en proie au travail de maçonnerie des cris au-dessus de soi quelqu’un explique le froid arrête crie un autre avec tes questions et travaille c’est bien de ça dont il s’agit la vrille s’enfonce dans le crâne délimitant une aire d’activité douloureuse à la recherche des mots qui vont démarrer le poème pensez-vous disait ma mère et je me demandais qui pensait elle ou les autres en disant ça qui pense quoi à quoi tandis que la vrille perce le mur il est question de température ressentie et j’imagine les doigts meurtris dans les gants glacés pour se faire comprendre debout sur un toit il faut crier le bruit traverse les murs et le plafond on imagine ces espèces de choses douces et poilues roses parfois que l’on plaque sur les oreilles quand il fait si froid que tout gèle même les paroles de colère et celles d’amour aussi déjà le froid glisse dans le mollet droit s’insinue jusqu’au pied pourtant bien au chaud dans la chaussure et à ce point glacé le vent qui souffle dehors que je pense aux vers dans le compost et à ce poème que je n’ai pas écrit où il est question de ce don fait par mon fils comme d’un poème pour continuer un carré d’écriture mal foutu de bonté et d’ardeur mais tout de même je le suis carrée dans la page et le fauteuil à remâcher un carré
lundi 8 novembre 2021
Azurite nocturne
azurite vaut bien or
a pensé Joseph de Montgolfier en grimpant vers le Palais des papes
et un aérostat bleu s’envolant
dans le mistral
sera un trésor
national
un pantalon rouge se promenant sans visage
dans l’obscurité du mot notturno
tu le traduis comment
questionne une femme dantesque
la ville éveille des questions réveille des visages
la maison écroulée sous le lierre
dans les vignes
demande simplement qu’on en retrouve
l’entrée
et le vieil escalier
pour se réveiller
jeudi 26 août 2021
Deux fois Amelia
la madre e la nepotina sur le drap des siestes estivales
non loin ossip non loin walser
le carton reste entrouvert non loin agnès tresse
des flèches avec des silex et peter se demande
combien de pas le séparent du dernier carton
non loin
« …- savoir que la lumière est ta mère,
et le soleil presque ton père, et tes membres
tes enfants. Savoir et taire et parler et vibrer…
…sapere que la luce é la tua madre
e il sole quasi il tuo padre, e le membra tue
tuoi figli. Sapere e tacere e parlare e vibrare…”
Amelia Rosselli, La libellule, traduction Marie Fabre, Ypsilon.éditeur
vendredi 20 août 2021
oubliés
cardigan. celui porté boutonné jusqu’au cou. bleu marine.
auto. rouge. écrasée dans la neige. la lunette explosée.
bottin. dont le soulier féminin existe-t-il encore ?
sabor mot qui rendit à la vie un homme devenu fou
cité par peter handke mot sésame tel le thabor
ouvrant le petit portail grinçant d’un jardin à rennes
un oiseau dans le bec assotter le monde autour de soi ?
ramsès II mort à 92 ans est-il encore de ce monde
lui qui inhumé-ré-inhumé-parfumé dormit enroulé
dans plusieurs mètres de guirlandes de fleurs de lotus
pour renaître sans jamais disparaître du dictionnaire ?
lundi 16 août 2021
16 jupes, 76 manières, 50 carrés
Survie. Écrire ? Boucher ses oreilles ? Écrire pour se sentir traversée. Ou traverser. Passer le fleuve pour entrer dans un autre territoire. Lire relire avant d’enterrer les aimés dans des cartons où laisser un peu d’air entrer encore. Et ouvrir devant sa tasse de café un livre donné par une amie :
76 façons d’entrer de Pascale Bouhénic.
« Si l’on pouvait ranger sa vie comme une bibliothèque
En classant les actions par numéro croissant
Ou par couleur – rouge, bleue, violette ou verte –
Pour mieux les reconnaître
Le cœur serait comme soulagé… »
Ossip n’est toujours pas entré dans le carton. Il reste là, sur un fauteuil, à attendre notre départ. Walser, lui, est enfermé avec Sebald et Gustave Roud.
Dickinson en attente elle aussi de rejoindre Niedecker. Voilà où nous en sommes, leur dis-je, et ils sourient, eux qui ont fait la traversée avant moi.
Entrer, oui.
Musique aussi, de temps en temps.
De loin en loin. Sibérie, steppe, neige et puis vent et soleil.
Ma mère avait 16 jupes et P.B. 76 manières d’entrer. 50 carrés plus un, surnuméraire. Nombres, ordre et désordres.
Et Agnès Rouzier. Non ? oui.
mercredi 28 juillet 2021
Karst/Carso/Stuparich
il pleut dans les tranchées la boue passe
entre les orteils on a froid dit une voix
c’est l’été Trieste Monfalcone il pleut
la guerre orne le paysage de corps morts
des mots comme Carso me reviennent
et j’entends la voix de julien me répéter
tu aimeras cette ville tu l’as vue en rêve
tant de fois
entre deux étés deux maisons deux vies
d’autres guerres ont lieu ça se poursuit
entre les mots/ici/sur le plateau du Karst
lundi 19 juillet 2021
sibérie pleure
sibérie de la déclivité territoriale
où vas-tu trouver à te lover
dans la réalité historique
si étroite ?
dostoïevski fond en larmes
hegel compte sur ses doigts
földényi tresse leurs noms
ensemble ?
vent gelé souffle disperse
papiers encre et plumes
personne pour les ramasser
que le froid ?
vendredi 9 juillet 2021
seule question qui vaille
La seule question qui vaille comment faire comment faire pour supporter lôme et ses identiques-à-lui-même qui ne s’aiment pas comment faire avec contre sans amour ni loi alors que nous pressent le temps et les raisons et que petits et grands animals se terrent de peur dans la neige des histoires perdues ? on n’a pas la réponse, soupire petite Rouge un peu moins en colère que d’habitude et Loup tremble d’envie de savoir comment les questions deviendront des réponses quand il n’y aura plus devant eux qu’un grand mur blanc pour mettre fin à leurs errances.
mardi 29 juin 2021
Du noir on passe au rouge!
Il y a aussi les signes.
Oiseaux, questionna Ourson.
Chouettes par exemple, suggéra Loup.
Deux sur toit annoncent le voyage, énonça sentencieusement Corneille.
Ce dont je voulais vous parler ce soir, poursuivit Chevreuil.
Et une seule sur toit annonce quoi ?
Ourson, toujours à interrompre, maugréa Loup.
Eh bien, commença Petite Rouge, des histoires d’oiseaux, j’en ai plein le tablier.
Pas triste, s’il te plaît, un peu oison gris qui devient blanc, si tu vois, murmura l’enfant-ours.
Et qui retrouve sa mère, hein ? Pas du tout ça ! trancha Corneille.
De noir on passe au rouge, un oiseau rouge et chanteur qui montre son chemin au Poucet sans dévorer les miettes de pain blanc sur le chemin, ça vous irait ?
Tellement besoin de cygne, de rouge-gorge, de huppe, de loriot, de couleurs dans le ciel pour effacer la boue noire à nos pieds, oh oui, raconte Petite Rouge ! supplia Loup.
Et Petite Rouge se mit à raconter autre nom que Blessure, autre geste que caresse dure, autre baiser que morsure et son histoire toute neuve remplissait l’espace entre les six samouraïs occupés à l’écouter. Comment avait-elle trouvé dans sa mémoire rouge une histoire paisible à force de couleurs vivantes et emplumées ? Nul ne le saura. Elle moins encore. Mais le récit joyeux advint et pour un temps accueillit leurs désirs.
vendredi 25 juin 2021
Indulgere/pardonner?
XIII
Indulgere, indulgere, en italien veut dire céder, faire plaisir, commença Corneille qui avait voyagé en langues.
Et en nostranimale langue ?
Je propose le verbe pardonner, osa Loup. Mais c’est un verbe difficile à prononcer quand on a comme moi bouche hérissée dedans.
Et dehors, ajouta Petite Rouge.
Je ne crois pas que ce soit pour nous, un tel verbe, sa prononciation…impossible pour un animalsamouraï !
Et pourquoi pas, Renarde, s’énerva Cerf. N’en sommes-nous pas arrivés là à cause de ?
Je commence, décréta Ourson. Il était une fois un vent sans pitié qui détruisait la paix entre humains et animaux.
Bon début, apprécia Chevreuil. La suite ne va pas de soi. Entre, la rivière est profonde. Allons-nous traverser notre colère ?
Oui et surtout, écouter le vent, et ensuite voir la bataille, comment ne restèrent que 7 humains et 7 animaux. Face à face à se dévisager, sans arme autre que la langue, justement.
Et ?
Ils s’indulgèrent et il se passa une chose…imprévisible. Ils découvrirent qu’ils étaient morts. Et ils devinrent sept animalsamouraïs, animaux et humains confondus. Plus besoin de faire la paix ni la guerre, voilà mon histoire verte. Sur le champ de bataille l’herbe avait repoussé et certains d’entre eux ont commencé à brouter. Ensuite, comme il faut bien passer le temps, ils se sont mis à inventer des histoires en couleurs.
Comme nous ?
Nous avons besoin de ressembler, conclut Cerf.
Et de nous rassembler, ajouta Chevreuil.
mardi 22 juin 2021
couleur samouraï
Rouge bis.
Qui la racontera ?
Ressemble trop. Caresse coup rouge, grogna Petite Rouge.
Elle, dans l’histoire, voulait se sauver la vie.
Une femme, donc, décréta Corneille.
Une qui savait ce que voulait dire avoir peur de mourir tous les jours, toutes les nuits de la main de celui.
Qui ? osa Ourson. Lôme ?
Bonne mémoire, Ourson. Celui-là même qui tua ta mère et avec elle toutes les mères. L’enferma dans un coffre de voiture. Lui cassa les dents. Lui tatoua le bas-ventre de son nom : Lôme. Tu reconnais l’histoire ?
Trop rouge même, change-la, cria Petite. Les lômes, on n’en veut plus !
Alors, on change la couleur ? leur demanda Chevreuil dont on se souvient qu’elle était chevrette dans le livre précédent.
Une couleur samouraï guerrière, proposa Loup.
Eh bien voilà. L’une écrasa Lôme pendant qu’il dormait . Sous un tas de soufre.
Jaune poussière qui pénétra les poumons du bourreau et le tua.
Souffrances assurées.
Mais.
Justice des lômes ? c’est ça ? questionna Corneille.
Jamais là où il faut, hurla Petite Rouge, douleur, douleur !
Les lômes s’indulgent mais n’indulgent pas les unes. Mauvaise chute pour mon histoire jaune.
Le changement de couleur n’avait pas apaisé Ourson qui pleurait ni Rouge qui criait. Les histoires ne sont pas toutes faites pour le sourire du sommeil enfantin, en voilà une vilaine preuve, pensa Cerf. Si trop proche de la perte, il nous faudrait une fin telle un don joyeux. Pas pour ce soir, soupira-t-il pour lui-même.
lundi 21 juin 2021
Histoires imparfaites
Toutes les histoires nous ressemblent. Ce n’est pas une raison pour ne pas les raconter. Même à l’imparfait. Du neuf, on n’en découvre qu’en rêvant. Bonne nuit, conclut Renarde.
Et tous se turent. Sept samouraïs de taille fort diverse se serrèrent les uns contre les autres. Armés de mots, d’images, de poils et de plumes.
Désarmés donc.










