vendredi 7 mai 2021

Carrés de SD au Grand Sault!

 
 
 
 
 

LES DRÔLES DE CARRÉS DE SYLVIE DURBEC

UNE EXPOSITION  LES 22, 23 ET 24 MAI  2021 DE 14H à 19H AU GRAND SAULT 

(Mas du Cler/La Loge/Sault)

 

Nous vous attendons nombreux pour fêter enfin nos retrouvailles au Grand Sault autour des travaux d'une poète et plasticienne à l'univers foisonnant, inventif et sensible. Vernissage le samedi 22 mai à partir de 18h
 
 

 


LECTURES MUSICALES

DIMANCHE 23 MAI 2021 À 15H au GRAND SAULT

 
Accompagnés par le percussionniste Alain Lafuente nous lirons des extraits des livres de Sylvie Durbec et de certains auteurs qui ont nourri leur écriture (Peter Handke, Robert Walser, Emily Dickinson, Opal Whiteley, Denise Le Dantec, Édith Azam)
 
Pour les lectures, merci de penser à réserver au 06 60 80 38 73
Participation aux frais 10 €, accès et informations legrandsault
 
Cette manifestation se déroulera dans le respect des règles sanitaires
Les lectures auront lieu en extérieur, cour ou jardin
 
 

 

jeudi 15 avril 2021

Dickens, mon père

 Jamais je n'ai eu à répondre à la question: quel âge j'ai, posée par un père agonisant.

Ni répondre à la question: quel âge tu as?

Le sang dans la bouche, mon père se taisait.

Sa ceinture faisait le tour de son ventre énorme mais il n'avait rien d'un ogre.

Sa passion était de conduire une petite auto.

Deux chevaux seulement.

Et de me donner des livres à lire.

Mon père, Dickens.

(inédit, en cours)



vendredi 19 mars 2021

Un impair? un carré!

 


Commettre un impair, dit la langue.

Assassiner, tuer la poésie en écrivant sans compter.

Je marche, je dis je parce que deux genoux les miens m’entraînent dans les vergers.

Je les suis, je suis eux, nous sommes deux ensemble(s). Nous noués.

Nous avançons dans le paysage plat qui entoure la maison où les genoux et le reste de mon corps, ma tête aussi et les idées qui se trouvent non pas dedans, mais derrière, habitons.

En marchant la piétonne compte beaucoup sur ses genoux, on compte en soi, dans sa tête le nombre de pas, les maisons, les gens qui se trouvent sur les chemins ou dans les oliviers occupés à les tailler puisque c’est la saison, en fait on ne sait plus en quelle saison on est, me dit M. Étienne. Heureusement le vent rafraîchit sans brûler les bourgeons.

Nous, disons-nous, lui occupé à me serrer la main et moi, occupée à lui sourire en acquiesçant.

Dans les mots échangés, ni l’un ni l’autre n’en dirons plus qu’il n’en faut. Nous épargnant l’impair fâcheux.

Quand elle marche, la piétonne écrit en silence et quelquefois à voix haute, mais jamais ne dessine. Ni en silence ni en parlant ; le dessin ne se parle pas en marchant.

Ça non plus, je n’en dis rien au voisin qui taille ses oliviers.

Ce sont les poèmes aux vers impairs, ceux de Verlaine, qui font signe.

Parce que la piétonne ne sait pas compter.

Nous recherchons la meilleure forme à donner à.

Des tas de choses, une robe, un dessin, un poème.

Les ciseaux servent à.

Couper, compter.

L’exacte forme à trouver.

Un carré ?

mardi 2 mars 2021

herbes herbes herbes

 

Et puis herbes herbes herbes

à perte de tombes à pierre fendre

herbes sombres où cacher ses pieds

où agiter ses mains

à perte punto d’erba

 

pas de galet à déposer sur la pierre fendue

juste un jus noir à frotter avec un linge

pour effacer ce qui se sait perdu

 

un nom

 


lundi 1 mars 2021

ce qui se trame entre la bête et son humain...

 

Leurs voix peu à peu se diluent dans le brouillard du soir qui vient, on les laisse là, on reviendra plus tard, vers la forêt et ce qui va avec, on abandonne net, on file ailleurs, on souffre d’autres douleurs, la nuit va venir sur eux, ils se sépareront ou s’entretueront, nous ne serons plus là pour observer la scène, et puis la lumière nous faisant défaut, nous aurons glissé vers la ville et ses rues bien éclairées, nous ne pouvions plus rester à attendre que quelque chose se passe, que le commandant accepte sa défaite, non, tout ça d’un coup effacé, plus rien à extraire, un jus mort, un sang noir, la disparition entre ronces et barbelés des deux protagonistes, et nous, à tenter une échappée loin de la scène de crime. Plantée devant la fenêtre je repousse le fauteuil à bout de souffle et je veux moi aussi aller voir ailleurs, plus loin, d’autres crimes, d’autres passions, me demandant ce que je cherche là, pieds gelés sur le carrelage froid, regardant ces gouttes d’encre noire sur ma main, ce qui se trame entre la bête et son humain, entre l’humain et son animal, depuis que je suis ressortie d’une caverne et ai couru vers l’échancrure de calcaire d’où l’on apercevait la vallée, bouche noire sur le flanc de la falaise, je reviens à ces mots, chassie, varices, bégaiement, comme on revient vers une source qui ne tarirait jamais et qu’on porterait en soi, avec sa propre mort, migrant d’une gorge dans une autre, échappant à la loi des humains pour renouer avec une loi archaïque tracée au manganèse sur des parois rocheuses, à la main, au doigt et à l’œil, discernant à peine ce qui s’inscrivait sachant qu’il ne faudrait pas l’enfreindre, sorte de généalogie antédiluvienne.

 

l’homme de guerre ne sait rien faire d’autre que rappeler à l’ordre les distraits

 

 

collages SD

dimanche 14 février 2021

Rouge présent

 

7

Et il y a eu un premier corps mort, sang sortant par les oreilles, un accident. Aussi une cuvette remplie de sang vomi par un jeune homme. Ensuite corps plus sages, morts allongés, visages gris qu’il faut fuir en courant pour se cacher dans les couloirs de la grande maison des morts. Tu es trop petite pour mesurer l’espace qu’ils laissent derrière eux. Ai-je vu le père presque mort en travers du chemin à l’hôpital ? Comme des livres, nos morts sur des étagères attendent qu’on les réveille ; mais ça ne vient pas. Ils sont trop froids et nous encore vivants. Leur contact est glacé. Aussi froids que les pages des livres qu’on ne lit plus.

 

 

8

Tu lis une information. Dimanche 14 février 2021, deux morts victimes d’une fusillade sur le viaduc de Plombières dans la nuit. Un détail : l’une des victimes, un jeune rappeur, venait d’enregistrer un clip. Juste avant de lire la dépêche, avec des amis, a eu lieu une discussion enflammée (toi en feu, eux calmes) sur cette ville impossible à re-vivre, où re-vivre, et ville unique (comme on dit fille unique) de ton existence. Avec ses sœurs, jumelles, rivales, proches, Alger, Tunis, Gênes, Barcelone, Naples…Toutes solaires et noires, soleil et brûlure. Aussi les poètes brûlés, noyés, Guez, mais avant lui Artaud, Brauquier, tous remplis de la mer et de sa couleur de sang.

Ville tellement portée au dedans pour entendre la moindre réserve, (sauf si c’est toi qui la formule ?) quant à sa saleté et  son désordre, tu sais qu’ils sont insupportables pour la plupart des gens.

Regard de Benjamin contre regard de Morand.

 

La part du gâteau malade, ai-je écrit dans Marseille éclats et quartiers.

Maladie/marâtre.

Mot qui commence comme son nom de Marseille, marâtre va avec l’italien il mare. Redonnant un peu de masculin à sa féminité outrancière ?

Ville qui sacrifié ses enfants, combien de jeunes morts depuis des années ? 

Ville du père sacrifié ?

Ville-famille ?

Tu ne sais plus compter. Tu ne sais plus décompter. Ni nommer avec justesse.

Ni être juste.

Juste la panique devant ce que tu lis et entends, le corps au sol du père, des fils, le sang dans la cuvette que crache un jeune homme qui va mourir, sang qui sort des oreilles d’un accidenté de la route se mêlant à celui des jeunes morts de la Méditerranée.

Rouge présent.