lundi 8 juillet 2019

Le sac du festival


On a tous un sac.
Certains le portent sur leurs épaules, d’autres le tirent derrière eux, d’autres encore le poussent devant. Tous en ont un. Parfois lourd à pleurer, parfois tel l’oiseau, au-dessus de la tête, presque envolé. Parfois tordant l’épaule et brisant les muscles du cou.
Pourquoi un sac ? Pourquoi sont-ils tous différents ?
C’est ce qu’il arrive de penser quand on traverse une foule, lors d’un festival.
Chaque sac est rempli de mots en nombre fini.
Mon fils par exemple a un sac nommé oiseau. Ainsi il se déplace avec légèreté. Tout le monde n’a pas cette chance. Ce sac est invisible, me direz-vous et n’est pas réel.
Réel ou pas, son poids se fait sentir. 
J’ai lu ce matin sur un panneau et dans un programme de ce même festival : écritures du réel.
Alors je réalise une notule. Pour dire quoi ?
Juste ce mot sac qui me renverse et devient cas.
Ou pillage, saccage, carnage.



K, la lettre, ou un cas désespéré. L’écriture est un cas désespéré, K. en savait quelque chose.
Le silence est la voix de l’absence. Réelle.
8 juillet


jeudi 4 juillet 2019

mis à nu



visages se voient le soir dans le miroir
leur dehors et/est leur dedans
ne se voit pas
ailleurs

ce que je vois de mon visage
une allée entre deux rangées
de noisetiers
à Marseille
un regard et des jambes
des pieds aussi
bien rangées les dents font
un sourire

le miroir ce soir laisse passer
un peu de la fumée des morts

c’est elle qui poudre le visage
des vivants de ses neiges 


éternelles

visages qu’on retrouve nus au matin
dans la respiration des réfrigérateurs

au repos vêtus de pauvreté sans rien



lundi 1 juillet 2019

"Moi, vieille écrivaine"...


« Parce que le temps, Fleur ou Sélamène, demeure et ne finit pas » .
Denise Le Dantec


Il y a de ces matins où on croit que tout commence ou recommence. Il suffit de presque rien.
L’air frais, le vent léger, l’odeur du café et des fleurs, on y est (presque).
Le chat qui saute sur les genoux demande amour. Le livre qu’on lit ouvre l’horizon et la colline devient immense dans la brume. Une Amérique ouverte devant soi. La beauté rejoint la laideur du monde et elles deviennent supportables. Ensemble. Réconciliant ce qui finit et recommence.
« Moi, vieille écrivaine », les trois mots employés par Colette m’appartiennent un instant et allègent les années que me rappellent à la fois les miroirs et les plus jeunes.
L’écriture, celle des matins, lue avec délice certains jours, ou écrite plus tard, juste après le café, semble à portée, enfin délivrée des pesanteurs et des métaphores, sèche et juste, telle la poésie d’Emaz.
Pourtant, non.
La brume verte autour des rosiers ?
La blancheur de la salsepareille, à côté du portillon ?
La pelote de fil gris avec son crochet planté de travers, en attente de ?
Relire Colette, relire, oui.
Sentir couler l’eau glacée sur ses jambes au retour du poulailler pour en chasser poussière et parasites.
Puis, continuer.
2 juillet


mercredi 26 juin 2019

Notule et bonne heure rime avec canicule ce matin et fraîcheur...

 
photo SD
 
Fraîcheur au jardin, encore un peu de vert qui rajeunit la marche, pieds nus dans l'herbe. Un poussin a éclos. Ici on s'agite, là on ronronne. On se carapate, on contourne l'obstacle, on referme volets et fenêtres, on espère le soir quand finit le matin. On a retrouvé la petite tortue que nous avions découverte, par hasard, au jardin. Patience, dit le chat de cheshire dans son arbre invisible. 
Magnolia et ses fleurs, plants de tomates, l'eau les irrigue. Jusqu'à quand?
La poésie, elle, dans sa rareté, irrigue longuement la journée. Sur la table, Littoral 12 d'Anne Calas, et les Loups de Sophie Loizeau. Hier, dans la pénombre de la chambre, relecture de Lobo Antunes et ce mot venu aux lèvres, merci. De quoi rafraîchir le temps. Patience. Notule du 27 juin.

dimanche 2 juin 2019

L'énigme d'une arrivée


L’énigme de l’arrivée
 
L'Eygues, 1° juin

Matinée au jardin avec pour commencer lecture de Naipaul. Le titre du livre que je questionne depuis longtemps est d’abord le titre d’un tableau de De Chirico. Ensuite c’est un récit de V.S.Naipaul sur un long séjour qu’il fit (plusieurs années) près de Stonehenge, dans un pavillon  appartenant à une vaste propriété. Il y a des passages que je lis et relis souvent, sur le rapport au paysage, au travail des hommes et du temps qui ne s’interrompt jamais, sur les voisins, les gens qui l’entourent et qu’ils croisent, lui l’indien de Port au Prince qui a décidé à 17 ans de devenir écrivain un peu sur un coup de tête.
Comment changer le regard sur ce qui nous entoure, découvrir le changement plutôt que la dégradation. Je comprends à chaque lecture nouvelle combien ce livre aura été précieux pour ses lecteurs. J’y reviens comme on revient vers un lieu aimé. On sait qu’on retrouvera inchangé le jardin, mais qu’on aura soi-même changé. Ou si le jardin change, il s’y opère des métamorphoses, un lent remuement de la terre. Un bougement des racines et des branches incessant.
Il faudrait citer plusieurs passages qui disent tellement mieux que ce que je peux dire.
« …dans son état d’abandon même j’avais trouvé le parc à son apogée…la vraie beauté de ces lieux reposait sur des choses accidentelles, imprévues : les pivoines qui s’ouvraient très lentement dans la pénombre verte, sous les ifs ; l’iris bleu solitaire parmi les grandes orties ; le jeune chevreuil qui, des mois durant, gîta dans les roseaux…s’étant aperçu que les humains ne venaient pas de ce côté. »
« J’avais pourtant trouvé moyen d’écrire. J’avais trouvé moyen – et vingt ans plus tard, cela m’apparaissait comme un coup de chance de m’inscrire dans le monde. Vingt ans d’une vie qui avait été à l’opposé de celle de mon propriétaire m’avaient amené là où je trouvais le réconfort des débris de son parc, les débris de sa vie à lui. Débris qui avaient pourtant conservé un élément de grandeur. »
Toute la journée ou presque, au jardin. Relecture des épreuves d’un livre à paraître.
Jardinage, arrachage, arrosage et plantation. Une poule couve cinq œufs.
Et sur le soir, une rencontre inattendue : nous découvrons une minuscule tortue de terre enterrée dans les herbes que nous arrachons à pleines mains. Une autre énigme : d’où vient-elle, si petite ? Son arrivée nous enchante. Et c’est bien finir la journée que de la saluer et de l’installer dans une petite caisse avec eau et salade.
 Hier les pieds dans l'Eygues, aujourd'hui dans la terre.
Une manière de saluer Naipaul là où il est. Dans le livre posé sur la table.
2 juin







vendredi 24 mai 2019

Ce que je peux dire de mieux sur la musiqu, Robert Walser!


Hier en route.
Pour lire en public, entre livres et lecteurs. Dans une librairie.
Y aura-t-il du monde, s’inquiète le libraire.
Nous ne sommes pas seuls, ai-je envie de lui dire. Deux poètes à lire ensemble.
Mais lui, inquiet. Moi, non.
Happée par la présence des livres plus que par celle des gens venus nous écouter ?
Peut-être.


Sur une des tables, un nouveau livre que je ne peux laisser derrière moi.
Ce matin, avant de repartir dans une autre librairie, le livre m’accompagne dans ce moment si particulier du réveil. Hier j’avais commencé à dormir joyeusement en compagnie d’une phrase walsérienne si belle que j’avais espéré dormir en sa compagnie. Un brusque réveil peu de temps après l’endormissement m’avait replongée dans un état d’anxiété puis le sommeil avait repris ses droits.
Et ce matin, je retrouve le sourire en ouvrant le livre.
Ce que je peux dire de mieux sur la musique.
Je suis revenue vers cette phrase qui m’avait enchantée la veille. Ai lu tout le récit. Ai encore souri. Suis allée donner à manger aux poules et libérer le chien avant de repartir pour une nouvelle lecture dans une nouvelle librairie. L’herbe a mouillé mes espadrilles. J’ai souri encore une fois en me disant que décidément les libraires avaient raison de vivre au milieu des livres. Il y a là une bonne médication pour les os douloureux et les têtes tristes. Ce qui fait qu’on vient là se guérir en emportant un livre tel un remède merveilleux.
(J’ai repensé à un livre de Mircea Eliade lu il y a longtemps. La lecture pour lui constituait une sorte de relation nouvelle au mythe. En tout cas lire obsède et ravive en soi une jeunesse prête à disparaître à tout moment. Chaque lecteur crée un univers où vivent éternellement pour lui quelques livres nécessaires. Babel.)
Mais revenons à Robert Walser.
Je joue du luth souvenir. C’est un instrument très simple qui donne toujours un seul et même son.(…) Il est triste et gai. 
Jouer de ce type d’instrument me permettra peut-être de me rendre tranquillement dans une nouvelle librairie lire à des auditeurs amicaux une partition poétique. En espérant qu’elle soit aussi légère que celle de Walser et les fasse sourire.
25 mai

dimanche 19 mai 2019

Le compagnon blanc d'Emily


Rencontre du compagnon blanc au jardin, autrement appelé silène. Plante que certains qualifient de mauvaise herbe, à arracher et que je contemple avec amitié.
Plantes sauvages, renards du jardinier.
Dernières pivoines s’effeuillent au sol, sous une petite pluie qu’ailleurs on nommerait crachin.
Hier j’ai marché sur le mot pinède et tout de suite odeur des bois, petite joie des forêts d’enfance. Quelqu’un a dit : ici la forêt pique.
Royaumait la poésie dans cette pinède.
Assise sur un tronc, je me suis mise à rêver à mon tour.
Du mot colline, mot que nous utilisions enfants pour dire l’endroit où on jouait.
À Marseille. Dans les achélèmes des Tilleuls.



Ici, plus loin, plantations au jardin, fleurs, plants de framboisier et de tomate, sans oublier un cerisier pour notre petite dernière, cerise sur le gâteau familial.
Hier aussi, un chêne étrangleur de pin presque arrivé à ses fins dans la pinède amicale.
Entre combat et plaisir, en lisière, au bord du potager à rêver.

Un poème d’Emily Dickinson pour l'amie revenue :
To make a prairie it takes a clover and one bee,
One clover and a bee,
And revery.
The revery alone will do,
If bees are few.

Pour faire une prairie il faut un trèfle et une seule abeille,
Un seul trèfle et une abeille,
Et la rêverie.
La rêverie seule suffira,
Si les abeilles se font rares.

Le ciel restera blanc jusqu’à la nuit.
Où écrire un nom, des fleurs, un peu de trèfle.
Une lettre aussi.
Et ce sera suffisant.
Peut-être.
19 mai