lundi 8 avril 2019
Et aujourd'hui, qu'est-ce qui reste dans le sac de mots?
Un mot, camion-poubelle.
Avec un autre, pivoine.
Ils peuvent aller ensemble.
Si on ajoute une couleur.
Les mots, c'est comme ça.
Chaque matin, devant la même fenêtre.
D'un regard puis l'autre.
Combien de mots encore?
La main cherche dans le sac.
Au loto on fait pareil.
À chercher le bon numéro.
Il n'y a pas de zéro.
dimanche 7 avril 2019
Aller de prêle à fougère, en suivant Denise Le Dantec
L'invention d'un nouveau travail, aller à prêle et à fougère, ouvre une perspective dans la haie printanière.
S'agit-il d'un rythme neuf à trouver?
D'une manière d'écrire en jardinant?
Ou de jardiner plus lentement, errant d'un bouquet de prêle à la vieille fougère qui pousse au bas du mur nord, dans une vieille souche ramenée de dieu sait où?
Je me demande comment Denise connaît l'existence des prêles et de la fougère qui vivent ici, dans ce jardin. Je ne crois pas les avoir évoquées devant elle.
Bien sûr, il y a aussi pommiers et abricotiers, fraises et haricots et que sais-je encore.
Les oliviers, le ciste. La bourrache.
Nous en avons parlé souvent mais là, arrêt sur place.
C'est le mouvement annoncé par le poème et l'expression qui ont raison de moi.
Je me rends.
Je vais tenter le voyage, aller de prêle à fougère, du petit jardin clos au poulailler, puis au mur nord, là où on étend les draps.
L'orage est annoncé pour bientôt.
On a prolongé la calade autour du bassin des poissons rouges.
Petits travaux de peu qui réjouissent beaucoup.
Il y a des réparations à faire.
Que je ne sais pas faire, seulement y aider en les regardant se faire.
Hier j'ai écouté un poète, écouté de la musique (Satie, Debussy, Berio), rêvé d'acheter une gravure.
Hier.
Aujourd'hui je me suis baladée avec un livre et des poissons.
Je n'ai pas oublié de nourrir les poules avec pain et orge.
Nous allons manger dedans, la pluie menace.
Mais avant, il me faut aller de prêle à fougère.
S'agit-il d'un rythme neuf à trouver?
D'une manière d'écrire en jardinant?
Ou de jardiner plus lentement, errant d'un bouquet de prêle à la vieille fougère qui pousse au bas du mur nord, dans une vieille souche ramenée de dieu sait où?
Je me demande comment Denise connaît l'existence des prêles et de la fougère qui vivent ici, dans ce jardin. Je ne crois pas les avoir évoquées devant elle.
Bien sûr, il y a aussi pommiers et abricotiers, fraises et haricots et que sais-je encore.
Les oliviers, le ciste. La bourrache.
Nous en avons parlé souvent mais là, arrêt sur place.
C'est le mouvement annoncé par le poème et l'expression qui ont raison de moi.
Je me rends.
Je vais tenter le voyage, aller de prêle à fougère, du petit jardin clos au poulailler, puis au mur nord, là où on étend les draps.
L'orage est annoncé pour bientôt.
On a prolongé la calade autour du bassin des poissons rouges.
Petits travaux de peu qui réjouissent beaucoup.
Il y a des réparations à faire.
Que je ne sais pas faire, seulement y aider en les regardant se faire.
Hier j'ai écouté un poète, écouté de la musique (Satie, Debussy, Berio), rêvé d'acheter une gravure.
Hier.
Aujourd'hui je me suis baladée avec un livre et des poissons.
Je n'ai pas oublié de nourrir les poules avec pain et orge.
Nous allons manger dedans, la pluie menace.
Mais avant, il me faut aller de prêle à fougère.
samedi 6 avril 2019
Variolite, pierre à venin/Notule d'avril
Hier on m'a donné une pierre verte.
Sur la table déjà, beaucoup de pierres ramassées.
Galets du poème.
Dans une assiette, tessons de toutes origines.
Et un donné par l'ami J.P.
Portugais, celui-là, tesson azulejo trouvé au bord du Tage.
Ils voisinent ensemble, tels des amis.
Et la variolite a rejoint sur la table ses frères, les galets de la Durance.
Hier j'ai vu deux hirondelles près du Rhône. Les premières.
Et la pluie ce matin m'annonce le renouveau du jardin.
Que saluent deux mésanges sur l'althéa.
Hier nous sommes allés ramassés des galets au bord du fleuve. Certains si beaux, granit gris et rose, blanc piqueté, presque bleu ou rouge, toute une collection pour la nouvelle calade.
Hier une amie m'a raconté que sa soeur déprimait plus que jamais à cause du printemps. On m'avait dit la même chose en Finlande. Pas pire saison que le printemps pour les malheureux.
Aujourd'hui je possède une pierre à venin, dite aussi pierre à picote ou encore pierre de berger. Nous n'avons plus de moutons au pré, seulement six poules dont Cocolune et Cocolautre. Mais le pouvoir de la pierre est intact. Posée près de moi, sur le carnet aux deux broderies crochetées envoyées par l'amie Leyla, elle évoque une grenouille tavelée, ramassée sur elle-même. Basalte. Pierre vieille comme le monde et venue du Queyras. Je vois d'ici les jeunes migrants s'apprêter à gravir la montagne en serrant dans leurs mains glacées un peu de sable. Leur jeunesse n'éloigne pas la mort glacée. La mer entre avec eux dans la maison où notre fils a prévu son arrivée et la submersion du jardin d'ici quelques années.
Pierre foudre porte-bonheur?
Certaines ont été fichées dans les murs des maisons pour chasser le mauvais-oeil.
Fos, Saint-Mitre et Maguelonne.
Je possède aussi de nombreux livres dont je me demande ce qu'en feront nos fils.
Et celui-là, que je possède depuis seulement deux jours, La seconde augmentée, dont je lis des passages à qui veut bien les entendre. Il va falloir que j'essaie avec Nuage Futbol.
Livres, pierres, oiseaux.
Nous ne possédons que leur passage.
Dans la poche du Petit Poucet, cailloux.
Lui aussi passe et s'éloigne.
Sur la table déjà, beaucoup de pierres ramassées.
Galets du poème.
Dans une assiette, tessons de toutes origines.
Et un donné par l'ami J.P.
Portugais, celui-là, tesson azulejo trouvé au bord du Tage.
Ils voisinent ensemble, tels des amis.
Et la variolite a rejoint sur la table ses frères, les galets de la Durance.
Hier j'ai vu deux hirondelles près du Rhône. Les premières.
Et la pluie ce matin m'annonce le renouveau du jardin.
Que saluent deux mésanges sur l'althéa.
Hier nous sommes allés ramassés des galets au bord du fleuve. Certains si beaux, granit gris et rose, blanc piqueté, presque bleu ou rouge, toute une collection pour la nouvelle calade.
Hier une amie m'a raconté que sa soeur déprimait plus que jamais à cause du printemps. On m'avait dit la même chose en Finlande. Pas pire saison que le printemps pour les malheureux.
Aujourd'hui je possède une pierre à venin, dite aussi pierre à picote ou encore pierre de berger. Nous n'avons plus de moutons au pré, seulement six poules dont Cocolune et Cocolautre. Mais le pouvoir de la pierre est intact. Posée près de moi, sur le carnet aux deux broderies crochetées envoyées par l'amie Leyla, elle évoque une grenouille tavelée, ramassée sur elle-même. Basalte. Pierre vieille comme le monde et venue du Queyras. Je vois d'ici les jeunes migrants s'apprêter à gravir la montagne en serrant dans leurs mains glacées un peu de sable. Leur jeunesse n'éloigne pas la mort glacée. La mer entre avec eux dans la maison où notre fils a prévu son arrivée et la submersion du jardin d'ici quelques années.
Pierre foudre porte-bonheur?
Certaines ont été fichées dans les murs des maisons pour chasser le mauvais-oeil.
Fos, Saint-Mitre et Maguelonne.
Je possède aussi de nombreux livres dont je me demande ce qu'en feront nos fils.
Et celui-là, que je possède depuis seulement deux jours, La seconde augmentée, dont je lis des passages à qui veut bien les entendre. Il va falloir que j'essaie avec Nuage Futbol.
Livres, pierres, oiseaux.
Nous ne possédons que leur passage.
Dans la poche du Petit Poucet, cailloux.
Lui aussi passe et s'éloigne.
mardi 2 avril 2019
Soutine bleu
![]() |
| Soutine, enfants sur la route |
...
Ils
avancent dans un paysage coupé en deux dont ils ignorent la langue.
Car,
reprend le garçon, un pays c’est une langue.
Pas
vrai, dit la petite, ici et là, c’est la même. Presque.
Et
puis des fois, plusieurs langues sont parlées dans un même pays, ça, je le
sais.
(Pour l’instant, moi qui les suis, je ne sais
rien du tout, à part continuer à marcher derrière eux, en tentant d’entendre ce
qu’ils disent).
La
peau, tu la vois, tu la sens, tu la touches, reprend le garçon, la frontière,
non.
Il
n’est pas utile de savoir où elle commence, ni où elle finit.
Traverser
suffit.
Et
si nous mettons nos pieds dessus,
nous
la traverserons sans le savoir ?
Quand
on quitte sa maison, c’est pour toujours.
Ils
portent chacun un peu de la vie d’avant, emballé dans un petit sac à dos.
Comme
ça, tu ne vois pas ce qu’il y a derrière toi.
Des
questions, ça ne manque pas quand tu avances dans un paysage.
Ça
tourne en tous sens, à se demander quoi sera au bout de la route.
On
n’en sait rien du tout.
Dans
quelle maison entrer ?
Il
n’y a personne pour leur répondre. Et puis parler fatigue.
Peut-être,
sans le faire exprès, mettront-ils le pied sur la ligne ?
Et
le tour sera joué.
La
rumeur des routes s’estompe peu à peu.
...
Démentir/déparler
Mon histoire,
comment la raconter pour qu’elle soit exacte ?
Il y a un poète
ami, des gens, et moi. Des animaux nous entourent dans ce lieu urbain et animé.
Une grande maison allemande en plein cœur de Montpellier.
Animaux des
mots. Huppe d’abord, puis renard, puis fauve dans l’herbe bleue.
Tu avais un
renard, tu l’as toujours ?
Je n’ai jamais
eu que le mot. Et le poète le sait qui a écrit sur le mot et sa ruse.
Jamais eu de
renard roux pour tourner autour de moi. Seulement occupé à dévorer mes poules, le goupil.
Comment
répondre sans mentir ? Démentir, donc.
La langue a
prévu le verbe.
Il faut l’utiliser
avec sa part de déception.
Une semaine au
moins pour écrire quelques lignes. Sans importance autre qu’arriver à ce verbe,
démentir qui m’en rappelle un autre : déparler, que ma mère utilisait
lorsque je la mettais en fureur avec mon entêtement.
Nous attendons
la pluie. Et mon histoire a trouvé son verbe : démentir.
dimanche 24 mars 2019
Six poules. En silence.
Mots du lait, ai-je écrit sur le carnet de G.
Trois mots
écrits mais dits d’abord, modulés.
Tenter le possible saut, celui qui s’écrit silence, sans
mots.
Et le diable, justement, gît sous la pierre, le galet, le
rocher.
Je n’écris que peu, à peu, très peu.
Méfiance rime avec silence.
Maintenant nous avons six poules, une blanche, une noire,
quatre rousses.
Quel renard hante la nuit ?
Dans une maison vide, on a besoin de vaisselle et de draps.
Le renard le sait qui hante la campagne noire.
Ni lui ni moi n’écrirons la mort des oiseaux.
Enroulés dans les draps nous attendrons son retour.
En silence.
mardi 12 mars 2019
poémémoire
Et hier
relecture d’Emaz. Si vivant en son écriture, ses remarques. A propos de la mort de
Vargaftig par exemple. Pensée idiote : si l’un a pu écrire à propos de la
mort de l’autre, les voilà à égalité. Assise dans la presque pénombre, je
parcourais les pages, m’arrêtant sur tel ou tel passage. Et je suis tombée sur
cette phrase : « Décidément le passé passe mal, ou même pas du tout.
Poémémoire. » Peau, planche, lichen. Et cette question :
« Quelle est la couleur de la déception ? » Et pour finir, un
mot aimé d’Antoine Emaz : erre. Pour aujourd’hui, avec le froid matin
clair, ce sera suffisant.
12 mars
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